Se taire, c’est aussi communiquer

On croit toujours qu’il faut parler. Et si savoir se taire était aussi une force ?

Après quelques mois de travail ensemble, une dirigeante que j’accompagne me raconte une réunion. « J’ai posé une question. Puis je me suis tue. Trois secondes, peut-être quatre. Un silence un peu long, un peu gênant, de ceux qu’on a tous envie de combler. Et là, quelqu’un qui n’avait rien dit depuis le début s’est lancé. Il a sorti l’idée qui a tout débloqué. »

Si elle avait meublé ce blanc, comme on le fait presque toujours, cette idée ne serait jamais sortie. Ce qu’elle a compris ce jour-là, je le vois tout le temps dans mon métier. Savoir se taire fait partie de la communication, autant que les mots.

On croit qu’il faut toujours parler

On associe la communication à la parole. Bien parler, trouver la bonne formule, ne pas laisser de blanc. On apprend aux gens à prendre la parole, dans les formations, les médias trainings, les réunions. Personne, ou presque, n’apprend à la retenir.

C’est pourtant là que se jouent la plupart des malentendus qu’on aurait pu éviter. Le mot de trop. La réponse trop rapide. La phrase lâchée sous le coup de l’agacement, qu’on passe ensuite des jours à rattraper.

Le silence qui laisse la place

Quand vous posez une question, laissez le silence s’installer. C’est inconfortable, je sais. Mais ce blanc, c’est le temps dont l’autre a besoin pour réfléchir et vous répondre vraiment, au lieu de vous donner la première chose qui lui passe par la tête.

Les meilleures réponses arrivent souvent après un silence. Celui qui parle en dernier, parce qu’il a pris le temps, dit fréquemment la chose la plus juste.

Le silence qui protège

Il y a un autre silence précieux : celui du message qu’on n’envoie pas le soir même. Vous connaissez la scène. Un mail vous agace, la réponse cinglante vous vient toute seule, le doigt est déjà sur « envoyer ».

Ne l’envoyez pas ce soir. Relisez-le demain, à tête reposée. Neuf fois sur dix, vous l’adoucirez, ou vous ne l’enverrez pas du tout. Ce silence d’une nuit vous aura épargné une semaine de dégâts.

Choisir ses silences

Bien sûr, il ne s’agit pas de fuir les sujets ni de laisser les questions en suspens. Le silence dont je parle est un silence choisi : celui qui laisse respirer une conversation, et qui retient la parole qu’on regretterait le lendemain.

Savoir se taire, c’est écouter pour de vrai

Le silence, bien placé, dit parfois plus qu’une longue phrase. Il montre qu’on écoute vraiment, et qu’on prend l’autre au sérieux. Dans un monde où tout le monde parle en même temps, se taire au bon moment est devenu un vrai savoir-faire.

C’est aussi ça, mon travail auprès des élus et des dirigeants : savoir quand parler, et quand se taire.

En réunion, une personne parle avec les mains tandis que les autres écoutent en silence.
Un seul parle, les autres écoutent. C’est souvent dans ce silence que les idées mûrissent.
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