L’autre jour, en réunion, quelqu’un a parlé cinq bonnes minutes. À la fin, j’ai regardé autour de la table. Des gens polis, qui hochaient la tête. Et pas un seul, j’en mettrais ma main à couper, qui aurait su répéter ce qui venait d’être dit.
Ça arrive tout le temps, et à chaque fois ça me chiffonne. Parce que c’est mon métier. Je passe mes journées à traduire le compliqué en simple, pour des élus et des dirigeants. Alors quand je vois quelqu’un enterrer une bonne idée sous des grands mots, j’ai presque envie de lever la main : attendez, là, personne n’a suivi.
Les grandes phrases n’impressionnent plus
On croit faire sérieux en alignant les mots savants et les tournures bien léchées. En vrai, on perd son monde dès la deuxième ligne. Personne n’a le temps de décoder, ni vos équipes, ni vos clients, ni vos administrés.
Posez-vous la question, franchement. Qui va prendre le temps de démêler ce que vous avez voulu dire ? Et surtout, qui en a envie ? Moi la première, quand un texte me demande trois lectures pour être compris, je passe à autre chose.
Ce que les gens veulent, au fond
C’est simple. Ils veulent comprendre ce que vous dites, ce que vous proposez, et ce que ça change pour eux. Rien de plus.
J’ai en tête un maire qui présentait une hausse d’impôts. Il a parlé de « rationalisation de la trajectoire budgétaire ». La salle s’est fermée d’un coup. S’il avait dit « voilà ce que ça coûte, voilà pourquoi, et voilà ce que vous y gagnez », il aurait gardé tout le monde avec lui. Le projet n’avait pas changé. Les mots, si.
Le vrai risque, c’est de s’éloigner
Une phrase lissée, aseptisée, qui ne dit rien de concret, ça glisse et ça s’oublie. On hoche la tête, on range ses affaires, on pense déjà à la suite. Une fois, ce n’est rien. Répété, ça finit par creuser une distance.
Et cette distance coûte cher. À force de vouloir bien dire, on parle au-dessus des gens. Puis un jour, une autre voix, un concurrent, un opposant, dit la même chose plus simplement. Et c’est vers elle qu’on se tourne. Souvent, on ne perd pas parce qu’on a tort, mais parce qu’on n’a pas su se faire comprendre.
Parler clair, c’est une marque de respect
Longtemps, on m’a fait croire que simplifier, c’était niveler par le bas. J’ai fini par penser le contraire. Choisir des mots que tout le monde comprend, c’est respecter celui qui écoute. Vous lui faites confiance pour décider par lui-même, une fois qu’il a compris. Vous ne le laissez pas seul devant un discours qui le dépasse.
Et non, ce n’est pas de tout repos
Parler simple, ça a l’air facile. Ça ne l’est pas. La formule toute faite, elle vient seule, elle rassure surtout celui qui parle. Le mot juste, lui, se cherche. Il faut élaguer jusqu’à l’essentiel, et trouver l’image qui restera dans la tête du lecteur.
Ça prend du temps, et personne ne le voit. C’est le travail invisible d’une bonne com. Mais c’est lui qui fait qu’un message passe, ou qu’il retombe comme un soufflé.
Rester proche, ça commence par les mots
Être proche des gens, ça passe d’abord par ce qu’on leur dit. Plus votre parole se détache d’eux, plus ils iront chercher ailleurs une voix qu’ils comprennent. La clarté décide si on vous suit, ou si on vous laisse parler tout seul.
C’est exactement ce que je fais avec les élus et les dirigeants que j’accompagne : rendre leur parole claire, sans jamais lui retirer sa force.



